Contes fantastiques I by E.T.A. Hoffmann

Contes fantastiques I by E.T.A. Hoffmann

Author:E.T.A. Hoffmann
Format: epub


XXI

Le justicier avait en vain compulsé toute la correspondance du vieux Roderich sans trouver une seule lettre, un seul papier qui eût trait aux rapports de Wolfgang avec mademoiselle de Saint-Val. Un soir, il était resté plein de soucis dans la chambre à coucher du défunt baron de Roderich, où il venait de faire de nouvelles perquisitions, et il travaillait à composer un mémoire en faveur du jeune baron. La nuit était avancée, et la lune répandait sa clarté dans la grande salle, dont la porte était restée ouverte. Il entendit quelqu’un monter les escaliers lentement et à pas lourds, avec un retentissement de clefs. V... devint attentif ; il se leva, se rendit dans la grande salle, et s’aperçut que quelqu’un approchait. Bientôt la porte s’ouvrit, et un homme en chemise, tenant d’une main un flambeau allumé, et de l’autre un trousseau de clefs s’avança lentement. V... reconnut aussitôt l’intendant, et il se disposait à lui demander ce qu’il venait chercher ainsi au milieu de la nuit, lorsqu’il vit dans toutes les manies du vieillard l’expression d’un état surnaturel ; il ne put méconnaître les symptômes du somnambulisme. L’intendant s’avança droit devant la porte murée qui conduisait à la tour. Là, il s’arrêta en poussant un gémissement profond qui retentit dans la salle, et fit frémir le justicier ; puis, posant son flambeau et ses clefs sur le parquet, il se mit à gratter le mur avec ses mains, et employa tant de force, que le sang jaillit de ses ongles ; ensuite, il appuya son oreille pour mieux écouter, fit signe de la main comme pour empêcher quelqu’un d’avancer, releva le flambeau et s’éloigna à pas comptés. V... le suivit doucement, tenant également un flambeau à la main. Il descendit les marches avec lui. L’intendant ouvrit la porte du château, entra dans la cour, se rendit à l’écurie, disposa son flambeau de manière à ce que la clarté se répandît régulièrement autour de lui, apporta une bride et une selle, et se mit à harnacher un cheval avec un soin extrême, attachant la sangle avec force, bouclant les étriers à une longueur égale, et visitant le mors à plusieurs reprises. Cela fait, il retira le toupet de crins engagé dans la têtière, détortilla la gourmette, fit sortir le cheval de l’écurie en l’animant par le claquement de langue habituel aux palefreniers, et l’amena dans la cour. Là, il resta quelques instants dans l’attitude d’un homme qui attend des ordres, et promit de les suivre en baissant plusieurs fois la tête. V... le vit alors reconduire le cheval à l’écurie, le desseller, le rattacher au râtelier, reprendre son flambeau, et regagner sa chambre, où il s’enferma au verrou.

Le justicier se sentit saisi d’une horreur secrète ; il s’était commis sans doute quelque horrible action en ce lieu : et, tout occupé de la fâcheuse situation de son protégé, il s’efforçait de tirer sur ce qui venait de se passer quelques indices à son avantage. Le lendemain, dès le matin, Daniel se présenta dans sa chambre pour une affaire domestique.



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